Correspondances client-patron à la parisienne

Nous sommes le 2 août 2011, par une belle journée ensoleillée au Quartier latin. Les Parisiens paressent au bistrot 77, rue Claude Bernard. Sur une petite table ronde à l’extérieur, un verre de bière brille au soleil, qui ne demande qu’à être bu. Soudainement, une guêpe tombe du ciel et se noie dans la bière mousseuse. À la table, une vieille dame se repose,  elle a chaud et s’apprête à avaler sa première gorgée de bière quand elle se retrouve nez à nez avec l’insecte jaune et noir. Elle crie et emporte le verre au comptoir en se plaignant.

Derrière le bar, une femme brune et amorphe ignore les cris de la cliente, trop occupée avec ses « habitués ». C’est alors que nous faisons notre entrée pour nous retrouve face à une cliente hystérique, une patron sarcastique, et trois autres clients apathiques. Nous sommes là pour interviewer Isabelle, la patronne du Bistrot 77. Nous sommes curieuses de découvrir si les liens entre les clients et les patrons sont encore importants de nos jours. Il est malheureusement apparu rapidement évident que le service des clients n’était pas une priorité pour Isabelle et nous avons quasiment  fait chou blanc. Malgré l’ambiance plutôt tendue, nous avons décidé de commencer notre interview.

Pour commencer, elle a d’abord refusé de nous dire depuis combien de temps elle travaillait dans le bistrot. Tout en nous précisant que le rapport entre client et patron était assez important. Elle n’en a rien à faire des grandes chaînes comme Starbucks ou Macdo.  «  Ils sont là, ils sont là, », dit-elle,  «  Ça ne  me fait rien. »

Afin d’avoir une vision plus précise de son opinion sur les chaînes de cafés, nous lui avons posé une autre question : « Quelle est la spécificité du bistrot français par rapport à des grandes enseignes comme Starbucks ou Macdo ? » Ce à quoi elle nous a répondu « C’est pas à moi qu’il faut demander. » Après quoi elle a précisé que nous devrions plutôt parler aux client qu’à elle, clients qui se sont révélés tout aussi obligeants. Au cours de la conversation, elle a réussi à ajouter que « dans un quartier d’habitués, il y a des habitués. »

Très intéressant, chère Madame.

Heureusement, les cafés parisiens ferment toujours un mois pendant l’été. Quant à Isabelle, il est certain qu’elle va partir, mais quand, nul ne le sait. Par égard pour tous, on espère qu’elle va pouvoir se reposer cet été.

 

Propos recueillis par Emilie Carruthers et Emily Lynn

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La culture n’a pas de bornes

Paris est une capitale qui donne la possibilité à tout le monde de faire connaître sa propre culture. Sans trop chercher, les boutiques d’art et d’objets orientaux gagnent beaucoup de clientèle, soit en suscitant la curiosité des touristes, soit grâce aux connaisseurs parisiens appartenant eux-mêmes à ce type de culture. Sur la rue Saint-Jacques, non loin de l’École normale supérieure, nous nous sommes rendus dans l’une des plus belles boutiques d’artisanat népalais, « Nepalya », dont le manager a eu l’amabilité de discuter avec nous de son travail et de son magasin. Timide et méfiant, Georges (c’est son prénom français), un homme d’une quarantaine d’années, a répondu à nos questions.

Comment, quand et pourquoi avez-vous choisi de travailler dans ce domaine ?

 Georges : L’artisanat du Népal, il faut le faire connaître aussi en France comme partout en Europe. C’est une culture qu’il vaut la peine de découvrir parce que c’est très différent de ce à quoi les Européens sont habitués. Comme vous le savez peut-être, la culture du Népal est l’une des plus anciennes au monde. Le magasin a ouvert il y a cinq ans à l’initiative de mon patron qui, malheureusement n’est pas ici maintenant.

Est-ce que les gens du coin et les touristes ont tendance à acheter certains produits en particulier ? Quels sont vos types de clients ?

 G. : Il y a plutôt des clients locaux mais il y a des touristes aussi. Ils achètent des objets bouddhistes parce qu’il y a beaucoup de bouddhistes qui habitent en Europe et ils veulent des produits du Népal. Les Portugais sont de plus en plus nombreux à acheter nos objets, mais également les touristes et les Français.

Est-ce qu’il y a un réseau qui vous permet de trouver ces objets ou devez-vous aller les chercher vous-même ?

G. : Ces objets viennent directement du Népal, ils sont faist à la main de manière artisanale. Il n’existe pas de réseau ou d’association. Nous sommes en contact avec des ateliers de création et avec des personnes qui font ces objets chez eux. Comme vous voyez (il nous montre divers objets vestimentaires et décoratifs), nous avons un échantillon varié de produits qu’il faut se procurer avec soin.

Pouvez vous nous raconter l’histoire d’un objet célèbre que vou svous êtes procuré ?

G. : Ici nous avons des objets religieux, par exemple un Ganesh. L’histoire de Ganesh est très ancienne, c’est un objet de culte pour la culture bouddhiste et hindouiste. C’est le dieu de la sagesse, de l’intelligence, de l’éducation et de la prudence, le patron des écoles et des travailleurs du savoir. C’est le dieu qui lève les obstacles des illusions et de l’ignorance. Il y a aussi des fêtes en l’honneur de Ganesh qui sont très importantes pour notre culture.

Comment la crise financière vous a-t-elle affecté ?

G. : La crise mondiale a affecté tout le monde. Les ventes ont baissé, les gens entrent dans le magasin, regardent mais rares sont les clients qui achètent quelque chose. En ce moment, c’est calme. Comme vous le voyez, le magasin este vide. Il y a moins de monde qu’il y a quelques années, non pas à cause du manque d’intérêt des gens mais à cause de l’argent.

Quels sont les moyens que vous utilisez pour promouvoir votre magasin ? Avez-vous des projets pour l’avenir ?

G. : Pour l’avenir, on va continuer avec les objets, les vêtements traditionnels du Népal. Nous avons le projet de réaliser un site internet pour y promouvoir nos produits, mais ce ne sera pas un site comme ebay et tout cela, mais un site individuel. Nous espérons que la situation va s’améliorer car notre culture mérite d’être connue par tout le monde.

 Propos recueillis par Cristiana Farcas et Stephen Irvine

 

 

 

 

 

 

 

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Vivre d’art et d’essai

Entretien avec Benjamin, 32 ans, projectionniste au Cinéma du Panthéon, qui nous parle du monde des cinémas d’art et d’essai.

La fréquentation des spectateurs de cinéma varie-t-elle en fonction de certaines périodes ?

Benjamin : Actuellement, on est en été et c’est vrai que quand le soleil revient, les gens préfèrent rester dans les jardins plutôt que s’enfermer dans les salles de cinéma. Même s’il y a beaucoup plus de touristes à Paris pendant l’été, la plupart des gens choisissent d’aller dans les parcs et de rester dehors, il y a donc moins de spectateurs dans les cinémas. Ce n’est pas vraiment un climat pour aller au cinéma. Par contre, en septembre, avec la rentrée scolaire, cette situation change.

Comment un petit cinéma comme le Cinéma du Panthéon peut-il être populaire à Paris ?

B. : Il faut d’abord beaucoup travailler sur l’information et sur la communication, c’est-à-dire être visible dans la presse, dans les médias, etc. En outre, nous avons un petit restaurant, qui maintenant est en travaux, mais qui fonctionne bien pendant l’année. L’organisation est importante aussi. Par exemple, il y a des cinéclubs qui attirent régulièrement des spectateurs. Néanmoins, la chose la plus important est que nous sommes dans un quartier du centre avec une étiquette culturelle spécifique. On est dans un cinéma d’art et d’essai. Ce concept est né dans les années 50, quand certains cinémas de quartier ont commencé à créer un réseau qui permettait de  passer des films ne bénéficiant pas d’une énorme production ou d’une énorme distribution.

Donc cela signifie des films plutôt artistiques ?

B. : Le principe, en fait, c’est qu’il y a une organisation au niveau gouvernemental, le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) qui choisit des films qui peuvent bénéficier d’un statut « art et essai ». Les films doivent correspondre à des critères culturels, artistiques et économiques. Le but du jeu est de distribuer des films qui ne jouissent pas d’un pouvoir de communication équivalent aux films américains par exemple. De plus, les salles de cinéma qui choisissent la projection de ces types de films vont recevoir une aide économique.

Les cinémas d’art et essai sont plus populaires à Paris que les grands cinémas ?

B. : Je crois que c’est typique de la France, l’aide apportée aux cinémas indépendants. En outre, historiquement, dans le quartier, il y a toujours eu une bonne dizaine de cinémas indépendants qui ont créé des réseaux et continuent à exister. Bien sûr – comme je l’ai déjà dit –  pour cela, il faut bénéficier d’un certain nombre de subventions. Néanmoins, c’est la particularité du quartier depuis cent ans.

Comment pourrait-on décrire le public qui est intéressé par cette expérience cinématographique ?

B. : C’est compliqué parce que le public est très varié. Évidement ça dépend du film, mais on ne peut pas dresser un profil psychologique des personnes fréquentent les cinémas d’art et essai. Je crois que les gens qui viennent ici cherchent aussi cette petite particularité culturelle qu’on ne peut pas trouver dans les cinémas qui passent des films commerciaux.

Comment pourriez-vous décrire la relation entre les cinémas d’art et essai et les cinémas plus commerciaux ?

B. : En fait, il y a une espèce de guerre de territoire entre les cinémas commerciaux et les cinémas d’art et essai. Les grandes associations cinématographiques ont une politique très agressive et un pouvoir économique beaucoup plus fort. Et c’est exactement ce qui justifie, par opposition, le concept des cinémas d’art et d’essai. Grâce à une protection du gouvernement et des pouvoirs publics, les cinémas indépendants peuvent résister à la pression économique et conserver leur vocation de passer des films plus rares.


Propos recueillis par István Fazakas et Juan Felipe Cardona

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Être libraire, c’est un mode de vie

Entretien avec M. Patrick Bobulesco, libraire depuis 28 ans au Point du jour, rue Gay-Lussac : « Le métier de libraire ne produit pas assez d’argent mais beaucoup plus une fierté intellectuelle »

Comment avez-vous réussi à devenir libraire ?

Patrick Bobulesco : Cette histoire a commencé il y a 28 ans. C’était un projet commun avec quelques amis qui étaient passionnés par des questions relatives aux sciences sociales et à la politique. En réalité, ma formation universitaire n’avait rien en commun avec le métier de libraire surtout en matière de sciences sociales, car mon background était essentiellement basé sur les sciences dures. Ce sont plutôt mes amis qui étaient qualifiés dans ce domaine des sciences sociales car ils avaient étudié la philosophie. Je suis devenu libraire parce que mes amis avaient trouvé du travail pendant que moi, je n’en avais pas. D’ailleurs, le local que nous occupons maintenant avait déjà été utilisé comme librairie, mais celle-ci avait fini par fermer.

Avant votre installation dans ce local, avez-vous réfléchi sur les causes de fermeture de l’ancienne librairie et sur l’impact que cela pourrait avoir sur la vôtre?

P. B. : Non, nous n’y avons pas fait attention. En effet, la fermeture de l’ancienne librairie était due aux problèmes de santé de l’ancien locataire des lieux. Toutefois, nous n’avons pas connu de débuts heureux dès notre installation. Il a fallu partir de zéro car deux ans après la fermeture de l’ancienne librairie, les gens n’y venaient plus. En outre,  n’ayant pas eu de relation concrète avec elle, nous n’avons pas pu bénéficier des demandes de l’ancienne clientèle. C’est vrai que certaines personnes nous abordaient non pour acheter des livres, mais pour demander où était passé notre prédécesseur. Mais le fait que la culture du livre soit l’une des plus grandes caractéristiques de Quartier Latin nous a beaucoup servi.

Quelle catégorie de livres proposez-vous ?

P. B. : Nos produits concernent uniquement les sciences sociales. En fait, il ne s’agit pas de toutes les sciences sociales. Précisément, nous avons des documents relatifs à la science politique, à la sociologie, à l’histoire sociale, à la question du travail, etc. Cela dit, il n’existe pas ici de livres d’anthropologie, de psychologie, d’ethnologie, etc. Concernant la qualité des livres, il faut dire que nous avons pratiquement deux fonds de documents. Il y a à la fois des livres neufs et des livres d’occasion.

Comment gérez-vous la correspondance entre vos fournisseurs et vos clients ?

P. B. : On utilise tous les moyens, mais nous n’avons pas de site internet. Non seulement c’est lourd à gérer, mais ça ne permet pas d’accorder assez de temps et d’attention aux clients. En fait, comme c’est le cas des grandes librairies, internet rend  en vérité les clients plus distants de leur libraire. Par contre, j’utilise beaucoup le courriel. Je reçois en effet souvent des demandes de livres de clients, non seulement depuis Paris, mais aussi depuis la Province et certaines villes comme Lyon, Grenoble, etc. Nous utilisons aussi la correspondance par lettre. Par exemple, un client de Grenoble m’avait écrit une lettre récemment me demandant  d’envoyer des livres à l’un de ses amis qui ne vit ni à Paris, ni à Grenoble. Les mêmes processus marchent lorsqu’il s’agit de la correspondance avec les fournisseurs. En effet, tous les 2 mois, nous avons rendez-vous avec des éditeurs et ces rendez-vous sont annoncés au préalable à travers des notes que ces éditeurs déposent souvent à mon bureau. Par ailleurs, il existe un magazine appelé Livres Hebdo qui annonce les nouveautés et les livres à paraître. Nous sommes ainsi au courant de toutes les nouveautés livresques et avons accès aux résumés et noms des auteurs.

S’il fallait parler des bénéfices de votre métier, que diriez-vous ?

P. B. : Il faut dire que depuis un certain temps, le nombre de livres en sciences sociales a considérablement augmenté.  Cette situation a plutôt entrainé la déflation des prix des livres, diminuant ainsi le bénéfice habituel. En plus, pour leurs études, les clients préfèrent généralement acheter des collections de poches ou bien, de semi poches à la place des livres grand format. En réalité, le métier de libraire ne produit pas assez d’argent mais beaucoup plus une fierté intellectuelle.

Existe-t-il une certaine concurrence entre les autres libraires du Quartier latin et vous ?

P. B. : Il est vrai que le commerce des livres est florissant dans le Quartier latin : il existe au moins 6 à 8 librairies dans le coin. Cependant, il n’existe pas réellement de concurrence entre les librairies du quartier car celles-ci sont toutes spécialisées, c’est-à-dire qu’il y a une spécialisation propre à chaque librairie. Néanmoins, on peut constater qu’il y a une petite marge possible en ce qui concerne les bénéfices particuliers. Je peux dire en effet que nous faisons la différence car  nous déterminons nous-mêmes les prix des livres d’occasions. Ce qui n’est pas le cas des autres qui n’ont que des livres nouvellement parus dont le prix est fixé par les éditeurs.

 


 Propos recueillis par Patrick Mve et Aydin Çiracioglu

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Pommes et poires – l’argot anglais

Une carte montrant les accents anglais

Il se peut que la Grande-Bretagne ne soit pas un grand pays et pourtant, il suffit de conduire 30 minutes pour trouver un dialecte complètement diffèrent. Il paraît que les dialectes anglais existent depuis toujours – leurs origines exactes ne sont pas connues. Si on compare l’accent « Geordie » (de Newcastle au nord) avec «L’anglais de la Reine » (de Londres), on remarquera un contraste saisissant entre les voyelles, la tonalité et le rythme.

Les accents anglais utilisent des mots et des phrases différentes. Le dialecte le plus saugrenu est le «Cockney rhyming slang» dans lequel les mots familiers riment avec une autre phrase. Par exemple – on appellerait le téléphone “the dog and bone” (le chien et l’os), et l’escalier deviendrait “the apple and pairs” (la pomme et les poires).

On peut consulter cette vidéo de YouTube sur le «Cockney rhyming slang»:

http://www.youtube.com/watch?v=9ak5vYS0tvg

Même les Anglais ne connaissent pas tous ces dialectes. Leur nombre n’est pas définitif, mais on estime qu’il y en aurait au moins 30 – répartis entre le nord et le sud du pays.

 

Stephen Irvine

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À quoi correspondent les parapluies français?

Un ami, c’est un parapluie

Qu’on retrouve dans tous les temps,

Et surtout dans les mauvais temps

(Labiche, Misanthr. et Auv., 1852, III, p.143).

 

Vendredi 29 juillet, nous avons réalisé une interview avec la propriétaire et gérante du petit magasin de parapluies « Simon » situé près du jardin du Luxembourg, en plein cœur du 5e arrondissement. Chantal Voisin Simon est une femme très élégante et passionnée par son métier dont elle nous a confié les secrets :

Vous travaillez ici comme vendeuse ou vous êtes propriétaire de ce magasin ?

Chantal Voisin Simon : Je suis, en effet, propriétaire et gérante, vous voyez.

Quelle est la spécialité de votre magasin ?

C. V. S. : Alors, ma spécialité, c’est le parapluie, l’ombrelle, la canne… Et voilà, le façonnage, le design et des loups. Si vous voulez ce magasin représente les artisans français. Donc, moi, je descends dans les ateliers français, on a six ateliers, j’apporte de nouvelles idées, des transformations. Donc, mon métier, c’est vraiment les parapluies à fond, l’ombrelle et la canne. Ce n’est pas moi qui fais le design, je fais juste des suggestions. Les cannes sont françaises aussi, mais elles sont confectionnées par un autre atelier.

On fait aussi des travaux de couture. Même si, par exemple, ils viennent de nos ateliers français, on les remanie, on les recoud. On consolide les choses qui ne nous paraissent pas tout à fait comme on aime, on les finit ici. Ça, c’est par expérience, ça fait 53 ans que je suis là, donc je n’ai plus rien à apprendre. Voilà. C’était pas la question, mais voilà.

Et quand le magasin a-t-il été créé ?

C. V. S. : Il a été créé en 1897 par mon grand-père. Je suis la troisième génération et la quatrième, c’est mon fils, mais là, il est parti en vacances depuis hier.

Donc, c’est une entreprise familiale ?

C. V. S. : Voilà. C’est l’entreprise qui continue, c’est la dernière de France vraiment d’origine… Même moi, voilà 53 ans que je travaille dans le même établissement. Il n’y en a pas d’autre comme moi en France. C’est moi la plus vieille en France dans le parapluie. Je travaille dans cette boutique depuis 53 ans, j’ai commencé en même temps que de Gaulle. Ça vous donne une idée du temps.

Vous n’avez qu’un magasin ?

C. V. S. : Oui, seulement ce magasin. Dans le parapluie, on n’a pas de chaînes, ça n’existe pas. C’est plutôt des marques qui arrivent de Chine, comme Isotoner qui est mis dans tous les grands magasins, dans les maroquiniers. Ça, je l’évite, j’évite ces articles-là parce que les gens achètent des marques et il faut vous dire que derrière une marque on peut tout vendre. Bientôt on vendra des Isotoner avec des boîtes de Camembert, vous voyez ce que je veux dire.

Quelle est la différence entre vos parapluies et les parapluies qui sont vendus dans d’autres magasins ?

C. V. S. : C’est les styles qui sont différents. La différence des boutiques comme la nôtre, c’est qu’on a un étalage de styles différents. Dans la nouvelle méthode de vente, c’est cadré sur les prototypes. Ici, c’est pas du tout le même genre : c’est le choix, les styles différents, petits, moyens, grands, avec des volants, pas de volants, des modèles différents, des formes différentes. Ça, c’est la force de la création française, c’est le seul pays au monde pour les parapluies où toute la création sort des ateliers français. Et la Chine copie. Mais si les petits parapluies chinois coûtent à peu près 28-29 euros, pour les français c’est plutôt 59-60 euros, vous voyez l’écart. Mais ce n’est pas la même qualité à l’intérieur, c’est l’extérieur que vous achetez. La première chose qu’on fait – on regarde le prix. Chez nous, c’est plus cher, mais la plupart de nos clients reviennent, peut-être tous les 4 ans, – tous les 5 ans, mais ils reviennent, même les étrangers et les jeunes. À un moment, nos clients reviennent aux valeurs plus sûres, ils se rendent compte des différences. Nous, on donne toujours des conseils : par exemple, vous allez en Bretagne, donc prenez pas ça, il vaudrait mieux que preniez celui-ci qui a été créé pour les rafales de vent. Nous sommes proches de la clientèle, on ne fait pas de gros business. En plus, la production française, c’est beaucoup plus cher, entre 60 et 100 euros.

Qu’est-ce que vous aimez dans votre travail ?

C. V. S. : C’est la création. Tout à l’heure, j’ai failli pleurer, j’ai transpiré un bon coup parce qu’il y avait une cliente mécontente. On a fait tout ce qu’elle avait voulu au départ, mais elle voudrait que tout soit découpé, tout ce que j’avais dessiné. Comme elle ne voit pas très clair, c’est difficile de juger. Et maintenant je découpe toutes les dentelles, il faut tout défaire parce qu’elle se marie au mois d’août.

Qui travaille chez vous ? Seulement les membres de votre famille ?

C. V. S. : Non, j’ai une employée qui est en vacances, mon fils aussi et puis mon amie qui parle russe vient m’aider, c’est pratique parce qu’il y a beaucoup de Russes. Moi, j’essaie de l’apprendre mais c’est trop difficile, à part «spasiba  », je ne sais rien dire.

 

Propos recueillis par Nadia Sokolova et Anastasia Stasenko

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Comme neige au soleil

Quand on pense à la Colombie, on ne pense pas souvent aux glaciers, mais croyez-le ou non, en 2005 il y en avait encore 19. Pour l’heure, ils ne sont plus que six en raison du réchauffement climatique, et diminuent de 3% à 5% chaque année. En Amérique Latine, les glaciers du Mexique et du Venezuela sont encore plus menacés de disparition que ceux de Colombie, néanmoins il est prévu qu’ils disparaissent tous d’ici la fin du siècle.

Malheureusement, la fonte des glaciers n’affectera pas seulement la quantité d’eau potable disponible en Colombie mais également le tourisme puisque des milliers de visiteurs d’Amérique du Sud visitent ces parcs chaque année pour y voir la neige, certains même pour la premier fois. Si les glaciers disparaissent complètement du pays, beaucoup de Colombiens n’auront jamais l’occasion de voir la neige du tout et la Colombie verra fondre ses revenus issus du tourisme comme neige au soleil.

Malheureusement, mis à part mesurer scientifiquement chaque mois la diminution de la superficie des glaciers, la Colombie ne peut pas faire grand-chose pour arrêter cette catastrophe climatique. Même si le déboisement qui a lieu en Colombie est une des grandes menaces pesant sur le climat, ce n’est pas la seule raison expliquant le réchauffement global. Ainsi, malgré le fait que les émissions de gaz à effet de serre produits par l’Amérique du Sud soient faibles comparés à celles des États-Unis, la Colombie reste impuissante à trouver des solutions au phénomène du réchauffement climatique qui entraîne la fonte de ses glaciers.


 

Juan Felipe Cardona

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Trois questions sur l’actualité : la crise de l’hébergement d’urgence, la Lybie, les déclarations d’Anders Behring Breivik

Vendredi 29 juillet, au cours d’un micro-trottoir, nous avons pu constater que les questions d’actualité intéressent fort les français. Ils ne manquent jamais de donner leur point de vue et de justifier leur position.

Les questions d’actualité ne laissent pas les français indifférents. Ils s’intéressent de plus en plus à tous les problèmes sociopolitiques concernant non seulement l’Europe, mais aussi le reste du monde. Ainsi, interrogés Place d’Italie, dans le treizième arrondissement de Paris,  hommes et femmes réagissent à trois questions actualité relatives à la crise du logement social en France, à la situation libyenne et à certaines déclarations de l’auteur des attentats d’Oslo.

En raison d’une crise de l’hébergement d’urgence due à la suppression de nombreuses places d’hébergement provisoire, environ 111 familles françaises se sont retrouvées à la rue, le Samu social n’ayant d’autre recours que de les orienter vers les urgences hospitalières La Mairie de Paris a alors décidé, le 25 juillet dernier, de débloquer une subvention exceptionnelle afin d’aider le Samu social, victime de restrictions budgétaires drastiques à la suite d’une nouvelle politique gouvernementale. Face à ce geste de la municipalité de Paris, plus de 80% des Français interrogés, vivement choqués par cette crise sociale, pensent que la Mairie de Paris fait preuve d’une solidarité notoire. Ils accusent même le gouvernement de mauvaise gestion du budget, en soulignant qu’ « au lieu d’investir autant d’argent dans des projets relatifs au métro et à « Paris plage », les gouvernants français devraient plutôt résoudre ce problème de logement qui devient de plus en plus préoccupant ». Mais il s’agit aussi, selon eux, de la matérialisation d’une intention politique : « C’est  une attaque de la gauche à la droite » affirme Clément, un architecte paysagiste de 29 ans. En réalité, dans le contexte électoral qui se profile en France, « tous les actes sont politiquement motivés » explique-t-il.  À l’inverse, moins de 20% des personnes interrogées parlent d’une « fausse information » et révèlent que la Mairie de Paris se fait remarquer par l’excès de médiatisation de ses actions qui ne sont pas toutes des actions concrètes. En vérité, « il ne s’agit que d’un simple exercice de la théorie du complot », affirme Christelle, responsable administratif budgétaire à la BNF.

Pour ce qui est de la crise libyenne en général et du sort du guide libyen, M. Kadhafi, 75% des Français inclus dans notre échantillon estiment que c’est un dictateur « dangereux ». Et que, par conséquent, il doit être chassé du pouvoir, mais aussi jugé par les Libyens eux-mêmes. Les autres 25% estiment plutôt qu’ayant bien servi son peuple, Monsieur Kadhafi n’est qu’une victime de la « haine européenne et américaine ». « Kadhafi est un homme de vérité, il ne pratique pas la diplomatie, il dit les vérités en face. Or, les Européens et les Américains n’aiment pas ça », déclare Arcoiris, étudiant. Selon ce jeune homme, il ne faut pas chasser le guide libyen du pouvoir, il faut au contraire l’aider à organiser un système politique moderne dans son pays. Car « si on le chasse du pouvoir, il n’y aura plus de paix en Libye comme c’est le cas en Égypte et en Tunisie », ajoute- t-il.

Quant à la crise norvégienne, l’auteur des attentats d’Oslo, après avoir plaidé non coupable devant le juge le 26 juillet dernier, a révélé qu’il n’était qu’ « une des 80 cellules des martyrs recrutés en Europe de l’Ouest prêtes à suivre son exemple ». La question qui s’impose ici est de savoir si les mouvements d’extrême-droite ne représentent pas une menace réelle et permanente pour les régimes démocratiques. À cette question, tous les Français interrogés répondent qu’il s’agit d’une pratique terroriste qui est très ancienne et qu’il faut combattre énergiquement. Ainsi, selon eux, pour préserver la sécurité des citoyens, l’Union européenne doit prendre des mesures comme les États-Unis l’avaient fait après les événements du 11 septembre 2001. Car « il s’agit d’une menace ponctuelle, on ne sait pas quand ça va se reproduire, mais c’est là » explique Christine, agent administratif dans le Val-de-Marne.

 

 

Jean Patrick Mve, Aydin Çiracioglu, 29.07.2011

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Neuf élections de députés révoquées en Turquie

Le mandat de 9 députés élus a été refusé par le Haut Conseil électoral (YSK) turc. Ces députés sont emprisonnés en raison de leur implication présumée dans l’affaire Ergenekon et dans la propagande du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) considéré comme une organisation terroriste.

Le 12 juin, la Turquie a voté pour choisir ses pouvoirs législatif et exécutif, définissant ainsi l’orientation politique du pays. Mais ces élections ont été très différentes des dernières en date : la plupart des partis politiques connus tels que CHP (le Parti républicain du peuple), le MHP (le Parti de l’action nationaliste) et le BDP (le Parti de la paix et la démocratie) ont présenté des députés qui sont actuellement en prison dans leurs listes électorales. Dans la nuit du 12 juin, neuf députés emprisonnés ont été élus par les électeurs et tout le monde se trouvait dans l’expectative concernant  le destin de ces neuf députés. Contrairement à ce qu’espéraient les plus optimistes, la révocation du mandat du député Hatip Dicle (le candidat kurde du BDP) le 22 juin 2011 par le Haut Conseil électorale a entraîné la révocation des huit autres députés, bien que Hatip Dicle ait obtenu pour sa part  soixante dix-huit mille voix à Diyarbakir.

Pour prendre une telle décision, le Haut Conseil électoral s’est appuyé sur le 79e article de la Constitution turque. Cet article stipule en effet qu’il n’est pas possible de devenir député pour quelqu’un tombant sous le coup d’une peine d’emprisonnement de plus d’une année en raison de sa participation à une organisation considérée comme terroriste. La peine d’Hatip Dicle de 1 an et 8 mois de prison a été prononcée le 10 juillet 2010. Il est officiellement emprisonné depuis cette date.

Hatip Dicle était accusé de faire de la propagande pour le PKK. En 2009, il avait été arrêté et placé en détention provisoire. Peu avant les élections, le Haut Conseil électoral avait refusé sa candidature avant que des manifestations de masse ne le fassent revenir sur sa décision quelques jours plus tard. Plus précisément, il était emprisonné en raison de son appartenance à  la Confédération des Peuples du Kurdistan (KCK). Selon Oral Çalislar, éditorialiste du journal turc Radikal, « le KCK est une organisation qui a pour but d’adapter le PKK (le Parti des Travailleurs du Kurdistan) à la zone légale car cela nécessite un processus de transition ». Pour Cengiz Çandar, éditorialiste dans le même journal, «  le rapport entre KCK-PKK ressemble au rapport entre Sinn Fein et IRA en Irlande. En contactant Sinn Fein, le gouvernement anglais a réussi le désarmement de l’IRA.

 

Aydin Çiracioglu

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Deux questions sur l’actualité : la tragédie d’Oslo et les destinations des vacances

Si concernant la tragédie d’Oslo la plupart de gens pensent que cela peut viser n’importe quel pays,  pour les vacances, les destinations varient mais une tendance hexagonale se dégage néanmoins.

Lors de notre petite enquête sur les grands boulevards du 5e arrondissement, Saint-Michel et Saint-Germain, deux questions tirées de l’actualité ont été posées aux passants. La première, « Est-ce qu’à Paris il pourrait, selon vous, arriver la même chose qu’à Oslo ? » faisait référence à l’attentat et à la fusillade du 22 juillet survenus à Oslo tandis que la deuxième « Où partez-vous en vacances cet été ? », était destinée à mesurer l’influence éventuelle de la crise et des difficultés financières sur les choix de destination de vacances des Français.

Le sujet du massacre d’Oslo, qui occupait la une de tous les journaux du jour, n’effraye visiblement pas la population française qui pense qu’une telle tragédie peut se passer n’importe où dans le monde.  Pour Sarah, une journaliste de 50 ans, « Il n’y a pas de faible ou de fort », ces événements qui prennent naissance dans les têtes diaboliques des fous ne signifient pas qu’un peuple soit plus ou moins faible. Les gens pensent que la notion de sécurité est de plus en plus floue car « aujourd’hui, on est sûr de rien ». Suzanne, une professeur de 63 ans estime pour sa part qu’une telle chose devient de plus en plus un problème de société qui va être résolu avec le temps. D’autres motifs furent invoqués concernant ce sujet, notamment la situation conflictuelle entre la France et le monde arabe, le problème des émigrants ainsi que l’extrême droite qui peut être une menace digne d’être prise en considération. Par contre, pour Félix, fonctionnaire d’État à la retraite fort intéressé par la politique et au fait du fonctionnent de ces types de problèmes  « mêmes les Français extrémistes sont trop bêtes pour faire cela » !

Pour passer aux choses plus gaies, nous avons pu constater que pour leurs vacances, la plupart des gens interrogés choisissent la France au détriment des autres pays. Les deux principaux motifs invoqués sont le manque d’argent (pour Pauline, 19 ans, le choix des amis s’impose car il «  ne faut qu’acheter le papier toilette »), et l’intention de profiter de leur propre pays, « surtout de la capitale » (Suzanne, 63 ans, professeur à l’Université). Sur les deux boulevards qui ont été le théâtre de notre micro-trottoir, nous avons croisé de nombreux touristes, notamment des Américains et des Brésiliens. Selon eux, « Paris est une ville hors de proportion » (Luis, 29 ans, avocat), un endroit idéal pour passer les vacances, aussi bien pour les étrangers que pour les Français.

Enfin, à travers notre petite étude, nous avons pu constater que les Parisiens et les étrangers sont à jour concernant l’actualité des journaux, ce qui ne veut dire qu’ils ont seulement des informations, mais aussi des opinions.

 

István Fazakas , Cristiana Farcas, 26.07.2011

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