Un ami, c’est un parapluie
Qu’on retrouve dans tous les temps,
Et surtout dans les mauvais temps
(Labiche, Misanthr. et Auv., 1852, III, p.143).
Vendredi 29 juillet, nous avons réalisé une interview avec la propriétaire et gérante du petit magasin de parapluies « Simon » situé près du jardin du Luxembourg, en plein cœur du 5e arrondissement. Chantal Voisin Simon est une femme très élégante et passionnée par son métier dont elle nous a confié les secrets :
Vous travaillez ici comme vendeuse ou vous êtes propriétaire de ce magasin ?
Chantal Voisin Simon : Je suis, en effet, propriétaire et gérante, vous voyez.
Quelle est la spécialité de votre magasin ?
C. V. S. : Alors, ma spécialité, c’est le parapluie, l’ombrelle, la canne… Et voilà, le façonnage, le design et des loups. Si vous voulez ce magasin représente les artisans français. Donc, moi, je descends dans les ateliers français, on a six ateliers, j’apporte de nouvelles idées, des transformations. Donc, mon métier, c’est vraiment les parapluies à fond, l’ombrelle et la canne. Ce n’est pas moi qui fais le design, je fais juste des suggestions. Les cannes sont françaises aussi, mais elles sont confectionnées par un autre atelier.
On fait aussi des travaux de couture. Même si, par exemple, ils viennent de nos ateliers français, on les remanie, on les recoud. On consolide les choses qui ne nous paraissent pas tout à fait comme on aime, on les finit ici. Ça, c’est par expérience, ça fait 53 ans que je suis là, donc je n’ai plus rien à apprendre. Voilà. C’était pas la question, mais voilà.
Et quand le magasin a-t-il été créé ?
C. V. S. : Il a été créé en 1897 par mon grand-père. Je suis la troisième génération et la quatrième, c’est mon fils, mais là, il est parti en vacances depuis hier.
Donc, c’est une entreprise familiale ?
C. V. S. : Voilà. C’est l’entreprise qui continue, c’est la dernière de France vraiment d’origine… Même moi, voilà 53 ans que je travaille dans le même établissement. Il n’y en a pas d’autre comme moi en France. C’est moi la plus vieille en France dans le parapluie. Je travaille dans cette boutique depuis 53 ans, j’ai commencé en même temps que de Gaulle. Ça vous donne une idée du temps.
Vous n’avez qu’un magasin ?
C. V. S. : Oui, seulement ce magasin. Dans le parapluie, on n’a pas de chaînes, ça n’existe pas. C’est plutôt des marques qui arrivent de Chine, comme Isotoner qui est mis dans tous les grands magasins, dans les maroquiniers. Ça, je l’évite, j’évite ces articles-là parce que les gens achètent des marques et il faut vous dire que derrière une marque on peut tout vendre. Bientôt on vendra des Isotoner avec des boîtes de Camembert, vous voyez ce que je veux dire.
Quelle est la différence entre vos parapluies et les parapluies qui sont vendus dans d’autres magasins ?
C. V. S. : C’est les styles qui sont différents. La différence des boutiques comme la nôtre, c’est qu’on a un étalage de styles différents. Dans la nouvelle méthode de vente, c’est cadré sur les prototypes. Ici, c’est pas du tout le même genre : c’est le choix, les styles différents, petits, moyens, grands, avec des volants, pas de volants, des modèles différents, des formes différentes. Ça, c’est la force de la création française, c’est le seul pays au monde pour les parapluies où toute la création sort des ateliers français. Et la Chine copie. Mais si les petits parapluies chinois coûtent à peu près 28-29 euros, pour les français c’est plutôt 59-60 euros, vous voyez l’écart. Mais ce n’est pas la même qualité à l’intérieur, c’est l’extérieur que vous achetez. La première chose qu’on fait – on regarde le prix. Chez nous, c’est plus cher, mais la plupart de nos clients reviennent, peut-être tous les 4 ans, – tous les 5 ans, mais ils reviennent, même les étrangers et les jeunes. À un moment, nos clients reviennent aux valeurs plus sûres, ils se rendent compte des différences. Nous, on donne toujours des conseils : par exemple, vous allez en Bretagne, donc prenez pas ça, il vaudrait mieux que preniez celui-ci qui a été créé pour les rafales de vent. Nous sommes proches de la clientèle, on ne fait pas de gros business. En plus, la production française, c’est beaucoup plus cher, entre 60 et 100 euros.
Qu’est-ce que vous aimez dans votre travail ?
C. V. S. : C’est la création. Tout à l’heure, j’ai failli pleurer, j’ai transpiré un bon coup parce qu’il y avait une cliente mécontente. On a fait tout ce qu’elle avait voulu au départ, mais elle voudrait que tout soit découpé, tout ce que j’avais dessiné. Comme elle ne voit pas très clair, c’est difficile de juger. Et maintenant je découpe toutes les dentelles, il faut tout défaire parce qu’elle se marie au mois d’août.
Qui travaille chez vous ? Seulement les membres de votre famille ?
C. V. S. : Non, j’ai une employée qui est en vacances, mon fils aussi et puis mon amie qui parle russe vient m’aider, c’est pratique parce qu’il y a beaucoup de Russes. Moi, j’essaie de l’apprendre mais c’est trop difficile, à part «spasiba », je ne sais rien dire.

Propos recueillis par Nadia Sokolova et Anastasia Stasenko